Sparte : terreau de l’idéologie nazi ?

Sparte : terreau de l’idéologie nazi ?

L’une est une société tournée vers la guerre ayant donnée naissance aux combattants les plus légendaires ; l’autre est une organisation politique ayant commis les pires crimes de l’Histoire. A priori, rien ne rassemble les deux. Pourtant, on retrouve de nombreux points communs entre le fonctionnement de la société spartiate et les idées promues par le nazisme. Les nazis auraient ils voulus imiter les spartiates afin de donner naissance à leur tour à des guerriers légendaires qui garantiraient la survie de l’empire millénaire tant désiré par Hitler ?

Une éducation assurée par l’Etat

A Sparte, l’éducation était obligatoire et assurée par la Cité et permet d’accéder au statut de citoyen : l’agōgē. Les enfants étaient séparés à l’âge de 7 ans afin de recevoir cette éducation.

D’après Plutarque, le programme se compose surtout de pratiques du maniement des armes, de marches en formations et d’athlétisme.

Les enfants sont aussi sous-alimentés afin de les forcer à voler ; l’objectif étant d’éliminer les plus faibles.

 

Concernant les nazis, ces derniers mettent en place dès 1926 les Jeunesses hitlériennes. Au départ volontaire, l’intégration dans l’organisation devient obligatoire à partir de 1936 à cause du décret « Gesetz über die Hitlerjugend ». Ici aussi, le programme est très martial : maniement des armes, sports, stratégie militaire et propagande.

Les responsables de l’organisation encourage aussi la violence et le harcèlement afin d’éliminer les plus faibles.

Ces 2 éducations dispensées par Sparte et les nazis ont donc le même but : former de futurs soldats d’élites.

 

Procréer avant de guerroyer

Tout le monde connait la bataille des Thermopyles, immortalisée notamment par le film « 300« . Cependant, peu de de monde sait comment Léonidas a choisi les guerriers qui l’accompagnèrent. Selon Diodore de Sicile (historien grec), ces soldats avaient été choisi avec comme critère le fait d’avoir un enfant masculin.

D’après Plutarque, le mariage était obligatoire à Sparte et le célibat était puni. L’homme spartiate devait aussi choisir une épouse capable de donner naissance, le fait d’avoir des enfants étant une nécessité pour être estimé par la société.

Cette nécessité d’avoir des enfants à Sparte et de préférence avant de partir en guerre s’explique par la démographie de la Cité-Etat. En effet, le nombre de spartiate resta toujours très limité : les estimations tablent sur une population de moins de 10 000 personnes à l’âge d’or de Sparte.

 

Les nazis souhaitaient eux-aussi que leurs soldats aient des enfants avant de partir aux combats. Cette volonté donna naissance aux Lebensborn. Ces lieux étaient des foyers où des femmes considérées comme « aryenne » par les nazis accouchaient d’enfants issus de pères SS.

Ces mêmes SS étaient d’ailleurs encouragés par le parti à avoir plusieurs enfants avec leurs femmes légitimes.

Contrairement à Sparte, le but de ces naissances n’était pas de garantir la survie de la société. Ici, l’objectif était de créer des aryens (une prétendue race supérieur selon l’idéologie nazi) grâce à des procréations entre femmes considérées comme aryenne et soldats SS.

L’éradication des handicapés

Encore une fois d’après Plutarque (qui est la seule source concernant ces faits), les spartiates faisaient subir un examen physique aux nouveaux-nés. Si le nourrisson n’était pas beau ou en parfaite santé, celui-ci était alors jeté dans un gouffre situé en contrebas de la chaîne de montagne du Taygète, le bébé étant jugé comme un poids pour la Cité.

Cependant, des fouilles réalisées en 2007 dans ce gouffre tendent à démentir les infanticides. Des squelettes ont bien été trouvés par les archéologues mais les 46 dépouilles que contenait le gouffre appartenaient toutes à des adultes de sexe masculins : il semblerait donc que les spartiates y jetaient des prisonniers, traîtres et criminels et non pas des nouveaux-nés.

 

Du côté des nazis, le programme T4 ou « programme d’euthanasie » avait débuté en 1940. Il avait pour but d’éradiquer tous les handicapés physiques et les personnes atteintes de troubles mentaux que les nazis considéraient comme des charges pour la société. Au total, les estimations récentes font état de 300 000 victimes.

L’inexistence du massacre d’handicapés à Sparte ne prouve pas que les nazis ne ce soit pas « inspirés » de la cité grecque. En effet, les fouilles démentant ces actes ont eut lieu en 2007 et les nazis auraient très bien pu prendre les écrits de Plutarque comme la pure vérité et réalité.

 

La stigmatisation d’une communauté

Avec l’arrivée au pouvoir des nazis, les Juifs furent immédiatement stigmatisés, persécutés et violentés : interdiction d’accéder à certains métiers avec la « Loi pour la restauration du fonctionnariat » de 1933 ; la privation des droits civiques avec les lois de Nuremberg de 1935 et organisation de pogroms comme celui de la « Nuit de Cristal ».

En 1941, les nazis instaurent le port obligatoire de l’Etoile jaune aux juifs afin que celle-ci servent de moyen d’identification et facilite la mise en place de la « Solution Finale », dernière étape visant à l’extermination totale des Juifs en Europe.

Toutes ces persécutions et violences envers les Juifs commises dès le début des années 30 déboucheront à partir de 1939 sur la Shoah, le génocide des Juifs. Les moyens utilisés par les nazis seront multiples : escadrons de la mort en Europe de l’Est, parcage dans des Ghettos (le très connu Ghetto de Varsovie) et les camps d’exterminations.

Au total, c’est plus de 5 millions de Juifs qui trouvent la mort suite à la Shoah.

 

Bien que peu connu, les spartiates stigmatisaient et persécutaient eux aussi une communauté : les Hilotes. Cette dénomination faisait référence aux populations des régions voisines conquises par Sparte : la Méssenie et la Laconie.

Les Hilotes avaient un statut à mis chemin entre esclave et serf : ils ne sont pas libres, n’ont pas de droits politiques, sont attachés à la terre et ont des droits civiques (possibilité de se marier mais uniquement entre eux).

Les spartiates auraient aussi imposer à cette population le port d’un signe distinctif. Selon Myron de Priène (un historien grec), les Hilotes devaient porter une casquette en peau de chien.

Les attaques envers cette communauté allaient même plus loin : une fois par an, le meurtre gratuit d’Hilotes était autorisé.

En effet, lors de l’épreuve de la kryptie, Sparte déclarait la guerre aux Hilotes et des groupes d’irènes (des spartiates en formation âgés de 16 à 20 ans) massacraient des Hilotes de nuit afin de renforcer encore le sentiment de terreur de ces derniers.

Le but ici n’était pas d’exterminer les Hilotes car c’est eux qui travaillaient dans les champs et nourrissaient par conséquent Sparte. L’objectif était de dissuader cette communauté d’organiser une révolte.

Un soulèvement Hilotes était toujours craint par Sparte à cause des effectifs en présence. Si les spartiates n’ont très probablement jamais dépassés les 10 000 individus ; les estimations des effectifs Hilotes font état de 240 000 individus.

Sparte devait donc provoquer la terreur pour ne pas être submerger sous le nombre.

 

Les nazis semblent donc s’être inspirés de Sparte pour construire leur idéologie mais ont néanmoins fait une interprétation totalement erronée du fonctionnement de la société spartiate ; notamment à cause de faits erronés relatés par des historiens antiques postérieurs à Sparte mais aussi et surtout en y voyant ce qu’ils voulaient voir.

Une citation d’Hitler prouve le lien entre Sparte et l’idéologie nazi : « Sparte doit être considéré comme le premier Etat völkisch. L’extermination des malades, faibles et enfants difformes était bien plus décente et en vérité mille fois plus humaine que la folie insensée de notre époque qui conserve le sujet le plus pathologique« .

 

 

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